La TIQUE parasite et vecteur

Mis à jour : avr. 12

Les tiques sont des parasites externes des Vertébrés (mammifères, oiseaux, homme notamment). Réfugiées dans le sol lors de conditions climatiques défavorables (<7°C ou >25°C pour Ixodes ricinus, l'espèce la plus répandue en France), elles sont actives saisonnalement au printemps et en automne.


La tique ne saute pas des arbres : elle vit au niveau du sol et de la végétation basse, attendant le contact d'un hôte potentiel pour s'accrocher à lui (sur l'herbe basse pour les larves, sur buissons jusqu'à 1,5 m pour les adultes). Elle recherche ensuite un endroit du corps où la peau est fine et très vascularisée pour se fixer.


Son cycle se constitue de plusieurs étapes de mue :

=> Oeuf (1000 à 20000 pondus par femelle selon l'espèce)

=> Larve (3 paires de pattes)

=> Nymphe (4 paires de pattes)

=> Adulte (4 paires de pattes).

Chaque passage du stade larvaire jusqu'à l'adulte nécessite en général un repas sanguin. Ce dernier se déroule sur plusieurs jours, une femelle adulte absorbant jusqu'à 200 à 300 fois son poids. Certaines espèces se nourrissent sur un seul hôte à tous les stades de leur développement, d'autres changeront d'hôtes entre chaque repas (chez I. ricinus : rongeurs ou oiseaux pour la larve, oiseaux et petits mammifères pour la nymphe, grands mammifères pour l'adulte ; homme à tous les stades).


La tique représente un problème à la fois en tant que parasite (repas sanguin important selon le nombre de tiques, dégâts sur le cuir, intoxica-tion par des neurotoxines (paralysie à tiques, allergie à la salive)), mais éga-lement comme vecteur de maladies tant du bétail que de l'homme, comme par exemple :

  • Bactériose : borréliose de Lyme, tularémie, rickettsioses (fièvre Q, ehrlichiose, anaplasmose).

  • Virose : encéphalite à tique (en France : Alsace et Lorraine). - Protozoose : babésiose / piroplasmose, theileriose.

Sont présentées dans cet article deux des maladies pouvant atteindre l'homme et les animaux domestiques en France, transmises par les tiques :

BABÉSIOSE


Appelée également piroplasmose, cette maladie touche notamment bovins, chevaux, chiens et homme. Chez son hôte, le protozoaire responsable parasite les hématies (globules rouges) dans lesquelles il se multiplie (schizogonie), les faisant ensuite éclater pour se libérer afin d'en pénétrer de nouvelles. Chez la tique, le cycle comprend une phase de reproduction dans l'intestin (gamogonie), puis les glandes salivaires (sporogonie), avant la réinjection dans l'hôte vertébré au prochain repas sanguin.

BOVINS : L'infection se fait d'individu à individu par l'intermédiaire des tiques : les cas apparaissent donc surtout au printemps et en automne (transmission possible toutefois par injection avec des aiguilles ayant déjà servi). Plus l'animal est âgé lors du premier contact, plus la maladie est sérieuse. Dans les régions où la babésiose est très présente, les bovins à risque sont les bêtes adultes importées depuis des zones peu concernées par la maladie.

Clinique :

  • cas aigu : fièvre > 41°C, anémie (manque de sang) et ictère (jaunisse) dues à la destruction des globules rouges (muqueuses pâles et jaunes). Urine mousseuse et rouge-brun. Diarrhée, colique. Chute de production laitière. Maladie souvent mortelle sans traitement.

  • cas chronique : en général asymptomatique ; réservoir pour les tiques.

Traitement : Imidocarbe ; transfusion sanguine et perfusion si nécessaire.

Prévention : Lutte contre les tiques (acaricide) ; éventuellement imidocarbe en préventif avant le début de saison des tiques.


CHIEN : Contrairement au veau, le chiot ne bénéficie pas d'une résistance particulière : la tranche d'âge la plus sensible chez le chien se situe entre 2 et 8 mois.

Clinique :

  • cas aigu : insuffisance rénale aiguë, anémie et ictère, fièvre, état de choc, atteinte cérébrale : urgence vétérinaire ! Apparition des symptômes 1 à 3 semaines après la morsure de tique.

  • cas chronique : faiblesse, apathie, anémie.

Thérapie :

Imidocarbe ou phénamidin ; traitement symptomatique d'accompagnement (perfusion pour traiter l'insuffisance rénale, transfusion sanguine si besoin).

Prévention : Vaccination (notamment avant départ en vacances dans une zone à risque) ; imidocarbe ou tétracycline en préventif. Lutte contre les tiques (colliers ou sprays anti-tique).


Homme, cheval, ovin, caprin, chat rongeurs, cochon, alpaga peuvent également contracter une babésiose.



Maladie de LYME



HOMME

En Amérique du nord et en Europe, plusieurs espèces de bactéries du genre Borrelia

infectent micro mammifères et oiseaux qui représentent le réservoir de la maladie. La tique sert de vecteur de transmission entre vertébrés en acquérant les bactéries pendant un repas sanguin et en les transmettant au repas suivant à d'autres animaux et à l'homme. Plus la tique reste longtemps fixée, plus le risque de transmission est important : restreint dans les premières 24 heures, il atteint 100% après 72 heures. En moyenne, 10 à 15% des Ixodes ricinus sont porteuses avec d'importantes variations locales.

Clinique :

La clinique diffère suivant l'espèce de Borrelia :

  • Borrelia burgdorferi : atteinte articulaire.

  • B. afzelii : atteinte dermatologique.

  • B. garinii : atteinte neurologique.

La maladie de LYME évolue en 3 phases :

  • Phase primaire : apparition d'un érythème chronique migrant 3 jours à 1 mois après le repas sanguin de la tique. Cette rougeur de la peau évolue jusqu'à atteindre un diamètre de 10 à 70 centimètres selon le patient, pâlit souvent en son centre puis finit par disparaître d'elle-même. En Europe, seuls 30% des cas sont liés à la présence d'un érythème. En l'absence de ce symptôme peut survenir un syndrome grippal discret avec somnolence, fièvre légère, maux de tête, ou douleurs articulaires. La consultation chez son médecin à ce stade permet de traiter la maladie et éviter les phases suivantes qui provoquent des dégâts chroniques et sévères.

  • Phase secondaire : intervenant quelques semaines à mois après la morsure de la tique, des troubles neurologiques ou articulaires apparaissent, plus rarement des troubles cardiaques (endocardite) ou oculaires.

  • Phase tertiaire : Des mois ou des années après l'infection peuvent survenir des atteintes dermatologiques, articulaires, neurologiques graves (méningite, névrite crânienne (inflammation des nerf crâniens), notamment le 7ème qui provoque une paralysie partielle de la face, polyradiculonévrite).

La maladie peut être diagnostiquée par sérologie, le traitement par antibiotique devant prendre place le plus rapidement possible pour éviter les complications des phases secondaires et tertiaires.


Prévention

  • En promenade, porter des vêtements clairs et couvrants, des chaussures fermées.

  • Marcher au milieu des sentiers, éviter les contacts avec herbes et broussailles.


  • Examiner vêtements et peau (aine, cou, creux des genoux, etc) pendant et après la promenade, notamment la tête chez les enfants.

  • En cas de tique fixée, la retirer au plus vite, le risque de transmission augmentant avec le temps de fixation. Attention à ne pas écraser tête et abdomen de la tique pour éviter le dégorgement dans la plaie (utiliser de préférence une pince anti tique qui sera plus adaptée qu'une pince à épiler), désinfecter, noter la date

  • Consulter un médecin en cas de rougeur cutanée évoluant en taille ou de maux de tête et douleurs dans les membres dans les jours suivants la morsure.

ANIMAUX DOMESTIQUES

La maladie de Lyme est moins bien connue chez les animaux domestiques. Chez les bovins, une hypersensibilité de la peau ainsi qu'une dépilation des extrémités inférieures des membres est décrite pour la phase primaire de la maladie. Les symptômes cliniques observés par la suite sont une arthrite des grosses articulations, une boiterie importante, parfois de l'œdème. Fièvre, anorexie et abattement surviennent également. Les systèmes rénal, respiratoire et digestif peuvent aussi être impliqués. Traitement : le plus tôt possible comme chez l'homme. Prévention : lutte contre les tiques.

Par leur rôle de parasite et de vecteur de maladie, les tiques représentent un poids économique et de santé publique non négligeable. La prévention contre les tiques reste le moyen le plus sûr de minimiser leur impact sur notre vie quotidienne.


Ecrit par Maya Diehl, Docteur vétérinaire

Article tiré du Bulletin de l'Alliance Pastorale 11.768 page 14 de Juin 2007

www.alliance-elevage.com/informations/magazine-bulletin-de-l-alliance

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